Et presqu’autant d’années au service de la pêche en rivière!

Propos recueillis par B. Chermanne

Le Pêcheur Belge (L. P. B.) : Pourrais-tu nous décrire ton parcours de pêcheur à la mouche ?
G.D. : Dans les années 70, à vélo, je partageais les rives de la Lasnes dans le Brabant Wallon, à 2 km à peine de notre maison.
C’est une petite rivière de 2 ou 3 m de large, me permettant de patauger en culotte courte.
J’y pêchais principalement au toc. La petite canne se rangeait facilement le long du cadre du vélo, et en bandoulière, le panier d’osier faisant office de garde-manger, où je rangeais également les quelques vers de terre, et bas de ligne…
Comme chaque année, mes parents organisaient un Pique-Nique le long de la Semois, un peu plus loin qu’Herbeumont.

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Les foins étaient à peine coupés, déjà je partais le long de cette mystérieuse rivière, absorbé par le vol des insectes.
Je regardais avec admiration ces Messieurs endimanchés, fouettant d’un geste ample le dessin de leur âme à travers la chaleur estivale.
Le déclic ne se fit pas attendre, rêvant déjà à mon retour le long de la Semois.
« A l’année prochaine belle demoiselle… Apporte-moi ce baiser sur la surface de l’eau, comme l’image de cette belle adolescente que fut dans les années 80, découvrant mes premiers amours…

L. P. B. : Plutôt mouche ou plutôt réservoir ?
G.D. : Ce n’est qu’au début des années 90 que je retrouve en Normandie cette passion de jeunesse. Dans le département de l’Eure, j’y retrouve mes cousins (anciens belges).
Présentant mon épouse lors d’une rencontre à la ferme, Thierry m’invite à une partie de pêche.
« Comment ? J’ai plus pratiqué depuis déjà de nombreuses années. Peux-tu m’aider ? »
Et me voilà retourné au bord d’un lac, en barque, près de Dreux.
Au retour de nos vacances, je passe à la librairie du coin.
« Bonjour, auriez-vous une revue sur la pêche à la mouche ? »
Oui, dit le marchand, et il me tend…Le Pêcheur Belge.
Petite annonce à la dernière page du magazine :
« Donne cours de pêche à la mouche – le long du Viroin ! »
Le choix était fait, la vie de la rivière m’avait envouté.
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L. P. B. : Comment l’idée de te lancer dans l’aventure d’un magasin d’articles de pêche mouche t’est-elle venue ?
G.D. : 1992. Mon premier rendez-vous avec mon moniteur.
« Vous pêchez au Toc ? dit-il. Oui mais aussi un peu à la mouche. »
De là, et pendant deux années, je fleurtais avec l’adultère.
Ne pouvant décrocher mon regard de cette nature épousant mes rêves d’enfant.
Fuyant le travail, inventant des rencontres ou des rendez-vous me permettant de me libérer encore et encore.
Après deux ans de pratique, je décide de changer ma vie professionnelle.
« Une passion – un métier – un enfant »
En 1994 mon fils Hendrik se présente en octobre.
En plus d’être un aventurier, j’étais devenu papa !
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Tout suite après cette naissance, je décide de créer ma propre marque. Je montais des cannes, je fabriquais des mouches, des bas de ligne auto-flottant, j’ai même créé un gilet. Du travail artisanal, sans compter mettre en pochettes les billes, les hameçons, les plumes, faisant des teintures.
Bref, j’étais devenu la première marque belge dans le monde de la pêche à la mouche.

L. P. B. : Combien de références proposes-tu aux moucheurs et quel est/ quels sont ton/tes produit(s) phare ?
G.D. : La passion est le multiple des mots.
Au plus tu utilises des mots et au plus tu as de références.
En d’autres termes, pas moins de 3628 références, sans compter les tailles ou les couleurs (20697).
Mais ceci est très dangereux, car le cœur de la passion est proche du portefeuilles…
Dans mon métier, et même dans beaucoup d’autres, il est préférable d’avoir un bon crayon qu’une bonne canne à pêche.
A l’écoute du client, nous déterminons ensemble un équipement complet. Passant du matériel de pêche ou du matériel de montage.
Car mes clients sont aussi passionnés par le montage mouche.
C’est soit acheter de la technique ou acheter un prix ?
Je ne vends pas un produit, je partage des émotions.
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L. P. B. : Les visites de ton magasin se font uniquement sur rendez-vous. Pourquoi as-tu choisi ce type de rencontre avec les clients ?
G.D. : La pêche c’est le partage et être à l’écoute.
Un peu comme un médecin, les clients me téléphonent car ils ont un problème à résoudre. Ils s’interrogent sur la meilleure façon de duper Maître Esox ou bien l’étendard, voir la barre argentée et sa cousine habillée d’or.
Au Coin Mouche, dans le garage depuis mes débuts, les mûrs cachent des trésors, des histoires partagées à travers le monde de la pêche à la mouche. On se chuchote les secrets…
A chaque rencontre, une nouvelle page s’ouvre.
Que ta passion ne soit qu’à quelques km, ou bien à plus de 10000km, il te faut comprendre les principes des différentes techniques de pêche à la mouche.
Une soie de pêche ou l’action d’une canne se choisit en fonction de tes émotions, et au bord de notre parcours de pêche.
Alliant l’intimité des émotions, mais aussi les expériences partagées.
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L. P. B. : Comment a évolué le marché en 25 ans ? Je crois savoir que tu n’as pas loupé le virage numérique…
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G.D. : Un artisan ne vit pas que pour l’argent. Il vit avec passion les changements économiques.
Par de multiples rencontres entre professionnels, j’ai pu m’apercevoir qu’il ne fallait pas vendre pour vendre. Mais savoir sélectionner les produits du moment présent.
Certes, nous passons du naturel au synthétique, de la mouche sèche à la nymphe.
Du posé délicat au splatch de la nymphe Jig à la tête tungstène.
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Mais le beau, le pur, ce qui fait rêver reste toujours une valeur sûre.
Oui, il y a beaucoup de marque bon marché, mais crois-tu que tu puisses payer ton électricité en vendant un outil de montage à 5€ ?
D’autant plus qu’un client qui achète un article à 5€ fait une économie en rapport au même article de marques techniques. Il viendra un jour acheter l’outils auquel il a tant rêvé.
De ce constat, et grâce aux études de mon fils Hendrik, une nouvelle approche de la vente est née. Tout d’abord un site internet www.debefly.com.
Mais aussi le marketing de réseau, la communication.
En plus d’être un commerçant passionné, je suis devenu un professionnel dans la logistique et le marketing de réseau.

L. P. B. : Tu as décidé, voici quelques années déjà, de ne pas participer en tant qu’exposant au principal salon mouche qui se déroule chez nous, à savoir la Fête de la Pêche à la Mouche organisée par le club mouche de Charleroi. Pourquoi ?
G.D. : De 1995 à 2005, j’y participais très volontiers. C’était même très intéressant.
Mais quand tu fais le calcul de ce qu’il te reste après le salon, le bénéfice ?...
D’autres marques sont arrivées, début des années 2000, avec comme seul objectif « vendre pour vendre ».
Tu n’as pas le temps de répondre aux questions que déjà un autre client se présente.
La conquête de l’argent était née.
De mon côté, en 2004, j’ouvre ma boutique à Ornans, « Au Chalet du Pêcheur », jusque fin 2009.
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J’y étais pour la saison d’avril à septembre. On m’appelait « Guy Le Belge ».
J’ai été accueilli par une famille de Cademène. Ces gens et leurs amis m’ont apporté du réconfort tantôt quand il pleuvait, mais également pour mon installation professionnelle. C’est là-bas que j’ai vraiment appris les méthodes de gestions d’un parcours. Mais aussi la pêche, car avec ces gens-là, on ne plaisante pas. La pêche c’est un travail.
Le Chalet était ouvert de 08heures à 12heures, et l’après-midi, c’était pêche, 7 jours/7.
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Anne (mon épouse) tenait le magasin et préparait les commandes en Belgique.
Avec une épouse et un fils, nous partagions une seule volonté, vivre de ce métier, de cette passion.
J’ai dû faire un choix entre l’argent des salons, ou l’argent au bord de l’eau.
Mon rêve serait de retrouver des marques, où chaque détaillant à la fonction de faire le show, comme je l’ai fait cette année par des petites vidéos de présentations.
Un autre espace pour des conférences, un podium pour nos compétiteurs, des films, un podium de montages mouches.
Enfin un espace où les partages se font avec des rires et non avec une carte de crédit.
J’y retournerai l’année prochaine mais avec notre association « La Treignoise » pour de nouvelles aventures.

L. P. B. : Tu t’es lancé relativement tard dans le triathlon et ce de manière assez intense, au point de te métamorphoser physiquement de manière assez spectaculaire Pourrais-tu nous en dire plus à ce sujet ? Cela t’a-t-il aidé dans ton activité principale et cela t’a-t-il permis de porter un autre regard sur la pêche ?
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G.D. : Durant les années 97 jusqu’en 2003, je sponsorisais des compétiteurs pêcheurs à la mouche représentant mon enseigne dans des compétitions nationales et internationales. De très bons moment que j’ai partagé avant de me décider d’ouvrir un point de vente à Ornans.
La pollution de la rivière mythique fut un tournant dans ma carrière d’aventurier.
Au retour de mes années passées sur la Loue, une forme de désespoir est née, un peu un ras-le-bol. Je retrouvais de 2010 à 2013, un autre métier dans la logistique, mais plus la pêche à la mouche.
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C’est le sport qui m’a rendu un renouveau, par l’effort en solitaire, être un « Ironman ». J’y intègre une équipe semi-professionnelle, et remporte quelques médailles, dont une d’or, et une de bronze au niveau mondial.
5 années d’efforts physiques afin de reconstruire une volonté de fer.
C’est à ce moment-là que j’ai repris la pêche en travaillant les émotions.
Je ne cherchais pas au travers de la pêche de prendre des quantités de poissons, mais plus savoir poser la mouche là, exactement là où le poisson allait venir.
L’observation du milieu, les retournes, les bordures, les fins de courants.
J’intègre en cette année 2011, le rôle de secrétaire au sein de l’association
« La Treignoise ».

L. P. B. : Tu me dis souvent que la pêche ne se vend pas suffisamment bien auprès du grand public. Pourrais-tu développer ces propos ?

G.D. : Oui… Combien de vélos y-a-t-il en Wallonie, et combien de pêcheurs ?

485000 vélos en avril 2018.

Pourtant un vélo, c’est un peu les mêmes prix qu’un équipent de pêche !

Professionnaliser les fédérations avec des gens investis non plus comme des bénévoles, mais représentant des métiers, des animateurs pouvant apporter leurs expériences et développer une communauté. Cette idée m’est venue des cercles d’étudiants, des organisations de jeunesse, et des clubs sportifs.

Et au pluriel cela donnerait du travail à beaucoup de gens.

Passant par la protection de l’environnement, les hébergements typiques, le guidage, et le commerce de détail. Regarde les clubs de sports (en générale), de plus en plus de buvette/restaurant, même à Erpion. Ou le président du club de foot, aussi l’animateur du club, et le détaillant en articles de sport.

Ce mode de développement éco-responsable rentre dans l’aire du temps !

L. P. B. : Tu es fortement impliqué dans la gestion d’une société de pêche établie sur le Viroin à Treignes et où la pêche se pratique exclusivement à la mouche. Quels sont les principaux problèmes auxquelles cette société est confrontée ?
G.D. : Même si sur notre logo l’inscription « Club Mouche » y figue, je dois préciser que notre association n’est pas un club mouche, cela ne figure pas dans nos statuts d’asbl. Nous acceptons d’autres techniques qui ne rentrent pas en concurrence et protègent les espèces nobles.
Comme tu sais, je suis sur le Viroin depuis 1995, à mes débuts.
En plein mois d’août, on n’y pêchait en sèche.
La nymphe n’était pas légende dans la pratique de la pêche à la mouche.
Les étiages étaient existants, mais il y avait assez d’eau, même en septembre.
Par la suite… Attention danger.
Je viens de recevoir le résultat d’études statistiques sur la vie des insectes aquatiques, dans notre secteur. Bien sûr, je ne suis pas scientifique.
50% des mouches de mai ont disparues, de moins en moins de sedges, pas de March Brown, il reste encore des éphémères de fin de saison qui résistent à la pollution.
Je sais, beaucoup de pêcheurs vont penser Cormoran, débit et puissance de l’eau.
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Il existe des solutions que nous mettons en place chaque année, pour retrouver le Viroin d’antan. Nous sommes en eaux mixtes et non en eaux vives, l’approche de gestion est donc totalement différente. L’écologie protectionniste c’est un peu le communisme vert. Cela ne fait pas bon ménage avec l’écologie économique.
En revanche, les fédérations peuvent proposer aux pouvoirs publics une gestion plus fédérateure avec des objectifs locaux, éco-responsable, permettant de développer des activités le long des berges, comme par exemple entretenir les berges avec des chèvres, on le fait bien le long des routes ?

L. P. B. : Une seule société de pêche demain sur tout le Viroin plutôt que cinq sociétés comme aujourd’hui : est-ce souhaitable ? Est-ce envisageable ?

G.D. : Oui, ce serait le paradis sur terre. Un seul permis ! Chouette.

Mais, il y a un « mais ».

Viroinval ne veut pas de tourisme pêche, préférant le tourisme bucolique des VTT et autres promeneurs.

Notre fédération pourrait envisager une proposition de droit de pêche unique si elle en est l’unique locataire.

L. P. B. : la société de pêche la Treignoise est favorable aux repeuplements directs en truites Arc-en-ciel. Pourquoi ?

G.D. : Nous y voilà ! Entre la gestion des années 70 et la gestion des années 2000.

Oui, il faut des AEC, mais pas trop. Oui il faut des farios, mais pas n’importe lesquelles !

Pourquoi des AEC en eaux mixtes ?

Car ces poissons, par leur comportement, propose au débutant une première expérience positive de la pêche en générale. Mais il faut un équilibre en tout. Ce poisson ne reste pas dans la rivière. 80% d’un déversement disparait au bout de 3 semaines. Ne sachant pas se nourrir naturellement, il n’est pas un danger pour les autres espèces communes de nos eaux. De temps en temps je tue une AEC pour voir ce qu’il y a dans son estomac. Même pas un vairon, pas un chabot…

En revanche, vouloir réimplanter une souche fario dans des eaux mixtes, c’est un autre débat.

Ces bénévoles font un travail remarquable, mais ils oublient deux points.

Le changement climatique et le changement du milieu aquatique.

Je vais te mettre au milieu du ring de Bruxelles, que feras-tu ? Tu t’en vas, et bien c’est pareil pour la truite de souche, elle remonte et ne reste pas en place.

Notre association propose des ateliers et c’est une première autour de thèmes comme la pêche, l’environnement, où l’aquaculture.

Nous serons présents à Libramont en novembre de cette année et au salon de Charleroi en 2021.

L. P. B. : Aurais-tu un message particulier à adresser à nos lecteurs ?

G.D. : La pêche c’est avant tout le partage.

L’éducation ancestrale qui nous lie entre la nature et notre activité au quotidien.

Un permis de pêche ne veut rien dire.

Tu suis des cours pour un permis de chasse, un permis de conduire, un permis pour naviguer.

La pêche c’est un droit, avec une éducation correspondant aux différentes techniques.

Plus d’école, plus d’initiation.

J’en profite pour remercier nos animateurs qui font de notre association un exemple pour les autres.

Ce sont eux qui au bord de l’eau apportent des conseils, veillent à la récupération des déchets, et se proposent à des tâches de gestion du quotidien.

Les guéguerres de clochers sont maintenant dépassées.

"Nous ne sommes pas à 300 m prêt me dit la Fédération."

Enfin le poisson c’est du consommable alors arrêtons d’interdire n’importe comment.

Faisons preuve de bonnes gestions et allons à la pêche…