Vaste sujet qui anime les clubs de montages mouches ainsi que beaucoup de pêcheurs à la mouche.

Malgré le fait que certains pêcheurs sont absolument convaincus que tel est bien le cas, il faut d’abord faire quelques constatations extérieures à la couleur de nos mouches.

·         En période de reproduction, nos compagnons de pêche sont plutôt agressifs, ce qui augmente la chance de les capturer. Mais ce n’est pas très noble de capturer des ombres en pleine fraye (par exemple), hélas cela existe aussi.

·         En pratiquant la pêche à vue en principale, j’ai pu constater qu’il était possible de placer un hameçon de 20 sur

·          une pièce de 2€ (la taille d’une bouche). Expliquant par cette précision du lancer de faire passer un hameçon très précisément pour une probante capture. Mais peu de pêcheurs sont capable de réaliser cette prouesse.

·         Je me permets également de vous informer, que nos chers poissons peuvent être également saisi par l’impact de la mouche sur la surface de l’eau. Et boum, par instinct, celui-ci se saisira de votre leurre.

·         La concurrence alimentaire est également un facteur de captures en général. J’ai pu le constater lors de chasses groupées en mer (les bonites).

·         La truite arc-en-ciel est une espèce plus vive (réactive) que la truite Fario. Quant il s’agit de prendre un leurre, elle sera certainement la première à venir s’en intéresser.

Peu importe la couleur, dans ces cinq cas précis, cela représente un certain pourcentage non négligeable permettant de confirmer que la couleur n’est pas toujours la base de la capture.

Regardons ensemble le côté scientifique de la chose.

Les poissons seraient sensibles aux couleurs comme nous les qualifions. Oui, mais…

Figure 1 Par Jean Paul CHARLES

Le globe oculaire est composé d’une cornée, d’un cristallin, d’une rétine et d’un nerf optique qui relie l’œil au cerveau. Chez les poissons, comme chez l’homme, les images se forment par réfraction grâce à un cristallin qui projette ensuite les rayons lumineux sur les différentes cellules qui tapissent le fond de l’œil, et dont le nombre varie selon les espèces. Il s’agit principalement de cônes et de bâtonnets. Ce sont les cônes qui permettent de discerner les différentes longueurs d’onde du spectre lumineux, notamment le bleu, le vert et le rouge. Les bâtonnets (principalement) servant quant à eux à analyser l’intensité lumineuse et le mouvement.

Il semblerait que la majorité des poissons soient tri-chromates, comme nous. Toutefois, certaines espèces comme les grands prédateurs marins (thons, carangues, sérioles) sont dichromates, ce qui expliquerait le succès des leurres bleus et verts utilisés par les spécialistes de la pêche au gros.

Nos carnassiers d’eau douce en revanche verraient comme vous et moi, un peu moins bien en vérité puisque nous disposons d’un nombre supérieur de cônes.

Mortel Value

Les poissons ont en revanche d’avantage de bâtonnets, ce qui améliore grandement leur vision nocturne ou par faible luminosité. Un peu comme les chats.

D’autre part, les spécialistes s’accordent tous à dire que les poissons sont myopes. Cela est dû à la forme sphérique de leur cristallin et à leur faible capacité de « mise au point », leur œil fonctionnant comme l’objectif d’un appareil photo, en faisant varier la distance focale, et non en déformant le cristallin comme chez nous. En gros, ils verraient très bien de près, mais assez flou de loin. Ça ne change rien à leur perception des couleurs, cependant les subtils détails de certains leurres doivent sans doute leur apparaître un peu brouillés ! Les poissons sont dépourvus de paupières, sauf les requins.

Nous pouvons donc conclure que nos amis à écailles perçoivent correctement toutes les couleurs, exactement comme nous quand nous faisons de la plongée en apnée, suivant un ordre précis que voici :

Figure 2 Par Jean Paul CHARLES

Le rouge et l’orangé sont les couleurs qui disparaissent les plus vite, tandis que le bleu et le violet sont celles qui se discernent encore dans les grands fonds. Cela nous donne des indices, mais pas de certitudes absolues concernant le choix des teintes selon la profondeur. Cette échelle n’est d’autre part valable que pour des eaux parfaitement cristallines, ce qui est rarement le cas en rivière et en lac. On peut juste en conclure qu’il est plus judicieux d’utiliser des couleurs vives en surface et du bleu en profondeur. En résumé, ils perçoivent nos mouches de manière bien différentes que l’œil humain.

Nos partenaires possèdent néanmoins une excellente vue : ils voient très bien tout ce qui se présente en face d’eux, pour les espèces dont les yeux sont tournés vers le haut. Cependant, leur vision est beaucoup plus réduite sur les côtés.

La première explication réside dans le fait qu’ils les regardent de dessous, à travers l’élément liquide. Une mouche se rapprochant de leur nez sera plus visible à leurs yeux, qu’une mouche dérivant à leur côté.

La luminosité représente un élément essentiel. Par temps sombre, utilisez des artificielles de couleur sombre et par temps clair une mouche de couleur claire.

Mais c’est sans compter sur la fluorescence ! Il s’est avéré en effet que la rétine de beaucoup de poissons était sensible au rayonnement ultraviolet alors que la nôtre ne l’est pas. D’autre part, il y a l’aspect « éclat », c’est-à-dire l’or, l’argent, les reflets holographiques qui eux aussi sont gérés par les bâtonnets, ainsi que le mouvement.

De plus, le temps d’observation d’un insecte aquatique et d’une artificielle quand il(elle) apparaît dans le cône de vision d’un poisson varie également en fonction du fait qu’il se situe dans un courant (dans ce cas, le poisson ne dispose que de quelques fractions de secondes pour se décider) ou qu’il évolue dans un lisse (le poisson pourra prendre tout son temps pour observer la mouche).

Enfin ? La température de couleur de la lumière (le soleil, ou la lumière artificielle par exemple), celle de l’eau éventuellement, et les longueurs d’onde du spectre qui au-delà d’une certaine profondeur ne passent plus. Tout cela peut aussi modifier cette notion de couleur de façon drastique. Je m’explique : la lumière du soir est bien plus « chaude » (7000K voire plus) que celle de la mi-journée (5500K environ), elle dénature donc la couleur des objets en y « rajoutant » en quelque sorte du rouge. Une eau verte à cause des cyanobactéries va renforcer quant à elle une nuance verte plus ou moins intense selon la profondeur d’eau (densité de filtrage).

Je pense que la question est mal posée de cette manière. Il faudrait plutôt dire quelle couleur en fonction de quelle profondeur et de quelle clarté d’eau. Il faut intégrer à la fois les paramètres de luminosité et de turbidité et ne pas oublier que la vue n’est pas le seul sens des poissons. La ligne latérale est au moins, sinon plus importante que la vue dans les moyens de détection d’une proie pour un carnassier. Il nous faut donc absolument soigner notre vitesse de déplacement ainsi que la lourdeur de nos pas au bord de la rivière ou dans l’eau et la qualité de nos posés car les poissons détectent toutes les vibrations et l’impact de nos mouches sur l’eau, avant même qu’elles ne rentrent dans leur champ de vision.

Sources :

http://esoxiste.com/la-vision-des-couleurs-chez-les-poissons-et-chez-les-pecheurs/

Google Scolar Sur la vision des poissons et des amphibies

https://tenkaraworld.com/

Jensen Fly Fishing