Bonjour Christian (G.D.), pourrais-tu nous décrire ton C.V. (ton parcours) en tant que pêcheur à la mouche?

C.B.: J’ai commencé à pêcher à la mouche en 2000 à l’âge de 10 ans sur le haut Bocq principalement, et à l’occasion, sur nos différents lacs Wallons. Comme beaucoup de débutants, mes seules sources d’informations étaient de vieux livres et quelques conseils qui m’avaient été prodigués pas d’anciens pêcheurs à la mouche. Comme pour beaucoup de pêcheurs, le début est toujours le plus difficile. En  2002 j’ai rencontré Vincent et Jimmy, 2 compétiteurs de l’époque qui habitaient à quelques kilomètres de chez moi. Grâce au temps passé ensemble au bord de l’eau, j’ai remporté la première compétition junior à laquelle j’ai participé. A 13 ans, être champion de Belgique junior réservoir, ça motive évidement…. De là, mon parcours en compétition à démarré.

Finlande

(G.D.)Voici un parcours de passionné, tu t’es forgé un nom dans le monde de la pêche à la mouche au niveau international. Pourrais-tu nous en dire plus de ce sport?

C.B.: L’international est vraiment ce qui m’a plu dans la compétition. Que ce soit lors de championnats du monde ou de compétitions amicales, c’est là que vous apprenez à comprendre rapidement la pêche et à vous y adapter. Chaque pays ou même chaque région demande à un pêcheur de savoir s’accommoder au comportement des poissons et bien souvent de pêcher d’une manière qu’il n’aurait jamais imaginé. C’est en participant et en rencontrant de bons pêcheurs locaux que vous apprenez cela . C’est pour ma part en 2006 que j’ai découvert cela, lors de mon premier voyage en Angleterre. Par la suite, je n’ai plus arrêté de voyager. Je pars depuis 15 ans, entre 5 et 10 fois par ans. Après 5 Championnats du monde : Italie, Slovénie, Norvège, Tchéquie et Slovaquie, j’ai décidé de faire une pause avec les championnats de Belgique et du Monde. Je n’ai pas arrêté complètement la compétition ni les voyages mais je choisis plus librement les compétitions et les destinations. Depuis 4 ans, Tony Perin, Albert Bigaré et moi-même, formons une équipe avec laquelle nous faisons de bons résultats et passons de bons moments au bord de l’eau.

Je n’exclus pas un jour de me ré-impliquer davantage dans les compétitions, mais actuellement ce n’est pas ma priorité.

Mon premier voyage en Angleterre (grapham)

(G.D.)La technique, les sorties, sont les bases d’un Maître de pêche. Quelles sont selon toi les autres qualités requises pour être un bon pêcheur à la mouche ?

C.B.: Il y en a une multitude. Elles peuvent différer en fonction de la personnalité du pêcheur. Mais certaines comme la curiosité, la persévérance et le minimalisme et être méthodique sont importantes selon moi

-          La curiosité amène le pêcheur à essayer d’autres manières de pêcher ou d’autres endroits. Je vois énormément de « champions de leur village » ,qui une fois sorti de celui-ci, ont perdu tous leurs repères et se retrouvent totalement perdus. L’intérêt de la pêche n’est pour moi pas de continuer de pêcher là où l’on sait où se trouvent les poissons et de pêcher avec les mouches qu’on sait qui fonctionnent. Pour simplement pouvoir dire: j’ai pris autant de poissons. Essayer de pêcher différemment de la manière dont tout le monde pêchent est beaucoup plus enrichissant que d’avoir des sorties répétitives . Aller voir si d’autres secteurs de pêches sont poissonneux ou non, comprendre si une zone n’est pas régulière, le pourquoi elle ne vous donne pas les résultats espérés vous enrichira beaucoup.

-          La persévérance fait qu’un pêcheur doit rester attentif et motivé dans sa pêche. Que ce soit lors de l’entrainement ou en compétition lorsqu’il faut parfois qu’une touche pour gagner sa manche.

-           Le minimalisme. Rien ne sert de se charger outre mesure de matériel ou de mouche. Plus vous pêcherez, plus vous sélectionnerez pour ne garder que le nécessaire. Mieux vaut par exemple une boite de  500 mouches avec 250 oreilles de lièvres et 250 faisantails montés en différentes tailles et poids toutes par 10 qu’une boite avec 50 modèles tous montés dans les mêmes tailles et poids par 10 par exemplaires.

-          Être méthodique, doit permettre au pêcheur de ne pas confondre vitesse et précipitation dans l’eau. Beaucoup trop de pêcheurs ne prennent pas le temps de faire les choses les unes après les autres dans un ordre logique. Le comportement d’un poisson change au cours d’une journée. Les résultats viennent en pêchant, simplement et proprement, les bons postes au bon moment. Bien évidemment cela demande une connaissance du milieu abordé et un grand calme. Ce qui différencie plusieurs bons pêcheurs lors des grandes finales, c’est la façon dont ils organisent leur plan de pêche.

Avec du recul, je pense qu’un bon pêcheur ne se fait pas seul. Certes il doit avoir de nombreuses qualités mais il dépend beaucoup de l’influence que les autres auront eu sur lui. Pour ma part, c’est Tony Perin, qui m’a le plus apporté. Il devient difficile de compter les compétitions et les voyages faits ensemble, mais tous ont été très enrichissants tant son analyse de la pêche est intéressante.

(G.D.)Quelles sont selon toi les erreurs les plus souvent commises par les débutants ?

C.B.: Beaucoup de pêcheurs et pas que des débutants, ont tendance à pêcher sans regarder ce qui se passe autour d’eux. Depuis que « tout le monde »  pêche en nymphe, les pêcheurs ont pris l’habitude de ne regarder plus loin que l’indicateur et ne savent plus pêcher qu’en nymphe et de manière systématique. Or, pour avoir sa touche il faut d’abord regarder où il est intéressant de lancer sa nymphe. Pire,beaucoup de nouveaux pêcheurs sont incapables de pêcher en sèche ou en noyée et pensent que ces techniques sont devenues obsolètes. Il me semble inconcevable de commencer à apprendre à pêcher à la mouche sans apprendre à pêcher en lançant. C’est pourtant de plus en plus le cas malheureusement.

Gave d'Oloron

(G.D.)Si tu avais 5 mouches à emporter avec toi lors d’une sortie, quels seraient ces mouches ? En rivière et en réservoir ?

C.B.:

-En rivière je prendrais sans hésiter : 2 nymphes, une faisantail et une oreille de lièvre montées dans différentes tailles et poids, 2 sèches, 1 jacksedge et une oreille de lièvre avec 2 ailles en cdc. Pour terminer, une noyée du genre une black pennel. Cette sélection demande de savoir sortir les modèles de l’utilisation qu’on leur connait initialement. Un jack sedge peut faire une super sauteuse en noyée et l’oreille de lièvre une bonne noyée de pointe. La black pennel au milieu et vous avez un bon train de noyées.

En Réservoir : un sparkler, un spermato, un jack sedge, une diwelback tête orange et un bobby noir. Le sparkler aussi bien des arcs, des farios et ce, partout où j’ai été. Le spermato est certainement le streamer le plus polyvalent. Le jack sedge est une super sèche qui peut aussi se pêcher sous l’eau comme une nymphe ou noyée. La diwelback tête orange et probablement le modèle de diwelback le plus polyvalent. Le bobby noir peut lui se pêcher comme un bobby normal, en washing line pour maintenir vos nymphes ou simplement se stripper dans les vagues quand les poissons sont actifs en surface.

Reisa en Norvège

(G.D.)Quelles sont tes destinations préférées ? En Belgique et à l’étranger ?

C.B.:

- Je dois avouer que ces 3 dernières années j’ai moins pêcher en Belgique mais mon choix se fait vers le lac de la plate taille. C’est l’endroit où vous pouvez prendre les plus gros poissons de Belgique. La pêche y est certes pas évidente de par la clarté de l’eau et l’étendue. Mais c’est l’endroit où à chaque lancé vous pouvez espérer une truite du mètre ou plus. Etant une retenue d’eau, vous pouvez pêcher le lac durant toute sa période d’ouverture ,dans de bonnes conditions, des poissons en pleine forme, sans vous soucier des pénuries d’eau que nous connaissons maintenait en période estivale.

- À l’étranger, c’est plus compliqué mais je pense, le Pays de Galle, pour une question pratique. Organiser un voyage est toujours compliqué surtout en rivière car on ne connait jamais les  conditions qu’on aura (crues, sécheresses,…). Le Pays de Galle réunit sur un petit territoire de super rivières à truites, ombres, truites de mer et saumons. Des lacs à truites arc en ciel, des lacs de montagne, des lacs connectés à la mer avec des remontées de saumon et truites de mer. Le long de la côte il y a des bars, des Caillauds, des truites de mer,…  Vous pouvez ainsi, en fonction de la météo ou de l’humeur du poisson, facilement changer vos plans de pêche pour optimiser la qualité du voyage.

Plate Taille

(G.D.)Quelle image ont les moucheurs sur ces compétiteurs ?

C.B.: Je pense qu’ils sont mieux vu que par le passé. Les pêcheurs craignaient un peu les compétiteurs. Ne les connaissant pas,ils imaginaient que ceux-ci prenaient leurs poissons et ne  leur laissaient rien pour leur sortie dominicale. Je pense que la presse Halieutique et les réseaux sociaux ont eu un côté fédérateur et ont apportés plus de proximité entre tous les pêcheurs. A l’heure actuelle, les compétiteurs, s’ils sont suffisamment humble et respectueux des milieux naturels,sont même très bien vu.

(G.D.)Un tout grand merci Christian.