Bonjour Richard (G. D.), pourrais-tu nous d’écrire ton C.V. (ton parcours) en tant que pêcheur à la mouche?

Richard Franck est né en 1953 à Arlon en Belgique.

Licencié en éducation physique, il fut également professeur de sciences ( biologie, chimie, physique ) à Habay-la Neuve,son lieu de résidence et c’est en 2011 qu’il prit sa retraite d’enseignant.

Il est également Président Fondateur et conseiller technique du Caddis Club de Martelange et le premier moniteur ADEPS de pêche à la mouche

Sa passion pour la pêche débuta en 1960, mais ce n’est qu’en 1973, alors que du haut d’un pont sur la Semois, il contempla un pêcheur à la mouche tout en admirant sa dextérité et la beauté des arabesques dessinées par la soie qu’il décida d’apprendre l’art de la pêche à la mouche.

Champion de Belgique trois fois, il fut membre à six reprises de l’équipe nationale belge pour les Championnats du monde(1984, 1986, 1987, 1988, 1989 et 1990), avec à la clé, à l’inter-équipe, un titre de Vice-champion du monde en 1986 et une troisième place en 1990 et deux places de cinquième.(1984 et 1989)

Détenteur à quatre reprises de la Coupe de Belgique

Vainqueur individuel du premier grand prix BFFC et à deux reprises de l Open du Grand Duché de Luxembourg, il obtient une 3e place lors de la coupe d Europe en 1993.

Il met un terme à sa carrière internationale de compétiteur fin 1993 et ne participe plus qu’à des concours amicaux… où il figure souvent sur le podium., comme à Tala (Fr), Weisswampach et Echternach (GDL) et Herbeumont, Bouillon, Rabais (Bel)

Enseignant convainu, il a voulu mettre son expérience au service des jeunes de 7 à 77 ans , dans un premier ouvrage paru, à compte d’auteur, en 1995  … un second paru aux Editions Weyrich en 2006 et deux derniers tomes, toujours aux Editions Weyrich en 2012, suite à l’épuisement de l’ édition précédente !

Enfin, il accepta d’être capitaine de l’ équipe nationale belge de pêche à la mouche pour les championnats du monde en 2013 et 2014, la seconde expérience dégouté par le manque de franchise et de politesse de certains compétiteurs l’amènera à clôturer une vie de pêcheur, formateur et promoteur de ce noble art pour se consacrer à une nouvelle passion qui est la photographie animalière.

(G. D.)Voici un parcours de passionné, tu t’es forgé un nom dans le monde de la pêche à la mouche au niveau international. Pourrais-tu nous en dire plus de ce sport ?

Plus qu'un simple passe-temps ou un sport, la pêche à la mouche constitue un art, un véritable mode de vie dans lequel, la technique, les tactiques, l'état d'esprit qui s'en dégage, forcent le pêcheur qui s'y adonne vers plus d'observation, plus de désir de se perfectionner, plus de sagesse et plus d'envie de transmettre son savoir…

Pour être considéré comme pêcheur à la mouche, il faut savoir-vivre et communiquer avec la nature, se montrer observateur, patient, attentif, capable d'agir en fonction des différents paramètres et ne jamais cesser d'apprendre car il y a toujours de nouvelles expériences à vivre.  C'est, à mon sens, ce qui fait de la pêche à la mouche une passion, une obsession, voire une véritable religion.

Le pêcheur doit arriver au bord de l'eau sans idées préconçues. Il doit être capable de pratiquer n'importe quel type de pêche. C'est l'aspect pluraliste de la pêche à la mouche qui varie en fonction des conditions qui règnent sur l'eau, et qui peuvent changer d'une saison à l'autre... parfois même au cours d'une seule journée. Chaque type de pêche ( sèche, nymphe, noyée, streamer ) étant complémentaire, il convient de connaître parfaitement les facteurs qui règlent la vie des poissons, leurs habitudes, la manière dont ils se nourrissent.

A ces facteurs propres à la vie des poissons, il paraît essentiel d'ajouter les innovations techniques qui nous permettent aujourd'hui de pêcher plus profond, plus long que nos prédécesseurs.

Cependant, on assiste depuis bientôt un quart de siècle à une forme de pêche qui, du fait de son efficacité, est devenue la seule technique qui permette de monter sur le podium lors des championnats nationaux et internationaux, une forme de pêche à très courte distance, sous la canne, semblable à la pêche au toc et au ver de terre avec parfois un bouchon … qui ne répondrait plus à mon attente et qu’il m’était difficile d’y adhérer, c’était une des raisons et non des moindres pour lesquelles j’ai mis fin à ma carrière de compétiteur. J’en ai d’ailleurs fait une question de déontologie .

(G. D.)La technique, les sorties, sont les bases d’un Maître de pêche. Quelles sont selon toi les autres qualités requises pour être un bon pêcheur à ma mouche ?

        Il faut d'abord comme l'écrivait déjà Lord Grey of Fallondon dans son « Fly Fishing » en 1947 que le pêcheur parte avec la perspective de piquer un poisson et que ce dernier produise en lui ce sentiment d'excitation qui fait naître en lui le désir de succès.  C'est à la base du charme de la pêche.

        Il doit ensuite avoir assez d'aptitudes corporelles et de vigueur pour pouvoir porter le poids d'une journée de pêche, marcher parfois, plutôt souvent dans l'eau, manier adroitement la canne et le poisson,bien qu'il ne soit pas nécessaire de disposer d'autant de dextérité de membres, de précision de la vue et de force qu'il n'est requis pour connaître le grand succès dans d'autres sports...

        Pour réussir à la pêche, il faut acquérir la rapidité et la souplesse du poignet, la maîtrise dans la manœuvre de la canne, le bon tempo, en un mot, une certaine adresse personnelle. L'art de lancer une mouche ne peut pas s'enseigner par une explication. Grand bien nous est fait en observant ceux qui le possèdent. Mais l'art de la pêche à la mouche ne s'acquiert que par la pratique, au prix d'un effort soutenu, calme, intelligent, qui fera que vous ne serez plus troublés par le vent ou par les obstacles de la rivière.

        Bien lancer la mouche est un pas essentiel mais à lui seul insuffisant. Le pêcheur doit apprendre à connaître le poisson et son écosystème, il doit relever les conséquences des différents états des eaux, observer avec attention où se trouve le poisson, de quel insecte il se nourrit en fonction de la journée et des saisons. Avoir ce que certains appellent le sens de l'eau.

        Nous voilà donc en possession des deux principales qualités : une certaine adresse et un esprit attentif et observateur. S'il fallait en ajouter une troisième, ce serait la maîtrise de soi. Combien de fois n'ai-je pas entendu dire : "je n'ai pas la patience pour aller à la pêche ". ... Il serait plus exact de parler de maîtrise de soi car si un pêcheur a vraiment le feu sacré, il aura beaucoup à lutter contre lui-même à ses débuts. Il est vrai qu'il y a des jours où rien ne va. L'hameçon s'accroche sans cesse dans les branches ou les renoncules, le poisson s'obstine à prendre des mouches naturelles sans regard pour notre imitation. Tout cela peut pousser à la précipitation ; en un mot, à mal pêcher et aboutit parfois au désappointement, voire au dégoût.

Enfin, je me suis souvent posé la question , ces dernières années, au vu de la politique de gestion de nos cours d’eaux , si ma passion pour la pêche aurait existé … en cause :

il y a de moins en moins de poissons dans nos cours d eaux, suite à des pollutions accidentelles mais souvent évitables, même si un effort a été consenti au niveau des stations d’épuration des eaux usées,  la non réglementation et le manque d intervention de nos politiques vis à vis de l invasion d’oiseaux nuisibles tels les cormorans, grands prédateurs piscicoles , l’augmentation des autoroutes et de l urbanisation avec l’épandage de sel, sodium en hiver…. ions évacués dans nos rivières suite au  ruissellement, … bonjour l’ invasion des renoncules, l agriculture intensive avec l apport de nitrates  et surtout la culture du maÏs sur terre nue entrainant un afflux de sédiments par les pluies et orages sur le lit de nos rivières, mettant fin au développement et à la survie de nombreuses larves et nymphes aquatiques nageuses et rampantes,… finies les belles éclosions et la pêche en sèche. Après, on prône le no-kill auprès des pêcheurs mais de grâce, ayons une politique halieutique et touristique saine qui nous permettra de ne pas aller voir ailleurs où la pêche nous re procure du plaisir…

A la question aurais- je été pêcheur, ma réponse est non ! cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien changer et grand merci aux fédérations de pêcheurs et sociétés qui luttent pour une amélioration de la politique halieutique .

(G. D.)Quelles sont selon toi les erreurs les plus souvent commises par les débutants ?

La précipitationou mettre la charrue avant les boeufs… Beaucoup de pêcheurs et plus encore les débutants négligent le stade de l’observation, de l analyse du secteur de pêche. Prendre et non perdre le temps d’étudier l’endroit de pêche pendant quelques minutes avant de rentrer en action de pêche. Ensuite, avant de rentrer dans l’eau, il vaut mieux attaquer les poissons du bord, quitte à prospecter en utilisant la technique de l arbalète .Enfin lorsque l’on rentre dans l’eau, toujours délicatement faut-il le rappeler, on pêche les poissons les plus proches et ensuite on s attaque aux plus lointains en n oubliant pas les plus gros qui se trouvent sous les branches des arbres surplombant la rivière et les trous d’ombre.

Pour terminer, restez humble , savoir que l’on apprend toujours et ne pas cesser de se remettre en question… Si au début, on mesure sa dextérité au poids des poissons attrapés, le second stade est celui , non pas de la quantité mais bien de la qualité, rechercher les poissons plus difficiles et qui plus est avec une mouche de sa fabrication, mieux, sortie de son imagination !!! et partager son vécu de la journée entre amis, devant un Orval , un petit repas , ou tout autre moment de convivialité.

(G. D.)Si tu avais 5 mouches à emporter avec toi lors d’une sortie, quels seraient ces mouches ? En rivière et en réservoir ?

En rivière :

une San Killer,un petit serge  corps en poils de chevreuil taillé façon Goddard sedge

un petit cul de canard surmonté de quelques poils de cervidés, corps olive

une nymphe de Pheasant tail classique, montage inventé par l anglais Frank Sawyer

une nymphe casquée, Spot orange, bille teintée en orange ou collerette orange derrière une bille dorée et corps en sabre de faisan cerclé d’un fin fil de tinsel

un gammare,corps dubbing rose orange.

En réservoir :

une oreille de lièvre classique, sur hameçon fort de fer, et quelques spires espacées de fin tinsel

Une Strange Favorite de ma création, cul de canard noir avec 3 plumes de cdc foncé corps noir cerclé de fil de cuivre rouge

un scarabée noir surmonté de qq fibres d antron rose pour  mieux la localiser sur l’eau en présence de vagues

un Blobby Sunburst,alliance d’un booby  (2 yeux en polystyrène ) et d’un blob chenille de couleur  jaune Sunburst

un black pulling buzzer noir, imitation entre un fin streamer noir et une nymphe de damsel, libellule agrion

(G. D.)Quelles sont tes destinations préférées ? En Belgique et à l’étranger ?

En Belgique:

en rivière: la Semois à Azy, c’est là que tout à commencer, voilà bientôt 60 ans, ensuite , j apprécie également l Amblève et par le passé, l’Ourthe au Hérou , je ne connais pas la Vesdre !

En réservoir: Rabais, la Strange et Freux, 3 réservoirs de ma verte province

A l’étranger:

en rivière: la Ribnic en Bosnie et par le passé, la Soca et la Sava en Slovénie, la San en Pologne et la Dije ou Thaya en Tchèquie

en réservoir: Sommedieue , Chaise dieu,Gemages et Coyolles en France ainsi que Bewl Water et Rutland Water en Angleterre

(G. D.)Quel image ont les moucheurs sur ces compétiteurs ?

Etant ancien compétiteur, je m'intéresse encore un peu aux résultats des grandes compétitions (WFFC et EFFC ainsi que master et youth compétition) mais je pense que la grande majorité des pêcheurs y sont indifférents. Mes différents titres ne m ont rien apporté en notoriété sinon des jalousies … La publication de mes ouvrages, c’est différent et mon vécu de pêcheur compétiteur médaillé a  influencé positivement mon éditeur et peut être certains futurs lecteurs. La compétition m’a permis de me faire de nouveaux amis, de prospecter de nouvelles rivières et lacs et d’améliorer les techniques et stratégies de pêche mais si vous demandez à un pêcheur qui est champion de Belgique ? ou même  qui est champion du monde de pêche à la mouche en individuel ou en équipe, mis à part certains membres de club, monsieur tout le monde voire pêcheur de village, il s’en moque, même les médias sont peu influencés d’ou la difficulté de trouver des sponsors pour l équipe nationale et c est dommage que la pêche soit considérée comme loisir ou hobby et non comme sport de précision et qu’un minime partie des permis de pêche vendu ne vienne pas améliorer la promotion de notre art et passion.

(G. D.)Un tout grand merci Richard Franck.